Un geste répétitif provoque-t-il forcément une douleur ?

Que ce soit dans le sport ou en entreprise, les gestes répétés peuvent être le point de départ de troubles musculo squelettiques qui peuvent être accompagnés ou non de douleurs.

Dans une situation “normale” c’est-à-dire sans stress exacerbé, notre corps a la capacité de s’adapter à notre niveau d'activité. [4, 11] Cependant lorsque les forces cumulatives externes dépassent la capacité du tissu à résister en raison d'événements microtraumatiques répétitifs, des douleurs peuvent apparaître. Plus simplement, lorsque les contraintes extérieures appliquées à notre corps sont trop importantes celui-ci n’arrive plus à s'adapter et c’est à ce moment là que les douleurs peuvent apparaître.

D’où l’importance d’une mise en charge progressive quelque soit la tâche à effectuer, pour éviter le risque d’apparition de douleur.

Qu’est-ce que le travail répétitif?

Le décret du 31 mars 2011 définit le travail répétitif comme: “une répétition d’un même geste, à une cadence contrainte, imposée ou non par le déplacement automatique d’une pièce ou par la rémunération à la pièce, avec un temps de cycle défini.”

Le travail répétitif se définit donc par la répétition de gestes réalisés sous contraintes de rythme de courte périodicité. La répétitivité gestuelle est considérée comme importante lorsque le temps de cycle est inférieur à 30 secondes ou que l’activité répétitive est exercée durant au moins 50 % du temps de travail. [1]

Le risque d’atteinte musculo squelettique est aggravé lorsque la fréquence d’actions est supérieure à 40 actions techniques par minute (environ 1,5 secondes/geste). [2, 3]

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Des métiers particulièrement exposés aux gestes répétés

Selon l’enquête DARES de 2016, 43% des salariés déclarent que leur travail est répétitif contre seulement 28% en 2005. [2] Le secteur ouvrier est le plus représenté et tous les métiers du BTP, en particulier les maçons, les couvreurs ou encore les charpentiers sont exposés à des tâches répétées. Mais pas seulement, les employés de la grande distribution (caissière, responsable rayon…) , le personnel de bureau habitué à pianoter régulièrement sur leurs ordinateurs, les coiffeurs travaillant avec les bras en l’air sont aussi des personnes exposées aux gestes répétitifs.[3]

Nous pouvons facilement faire le parallèle de ces professions avec certains sportifs qui utilisent de manière répétée une articulation; comme par exemple le tennisman qui va solliciter son coude, un trailer ses chevilles ou encore un joueur de baseball son épaule.. [11]

Ce qu’il se passe dans notre corps lors de gestes répétés

Ce qu’il faut comprendre c’est que pour fonctionner correctement, le corps a besoin d'un apport sanguin régulier, riche en oxygène et en nutriments (principalement le glucose). Lorsque l’on effectue des gestes répétitifs (au travail ou dans un sport), le corps va réduire petit à petit l’approvisionnement de sang dans les tissus. [12]

Dans un premier temps la zone locale peut s’inflammer pendant une courte période car le corps tente de réparer les dommages. Un tissu cicatriciel va se former au niveau de la structure lésée. L’inflammation est donc bénéfique et pas nécessairement douloureuse.

Il a été avéré qu’avec une récupération adéquate, le tissu s'adapte et se renforce. [6, 8]

Cependant, sans suffisamment de repos, la répétition des gestes va provoquer des dommages supplémentaires au niveau articulaire, musculaire, nerveux ou encore tendineux ; comme par exemple, un lanceur qui continue de lancer malgré une tendinopathie persistante du coude. Les muscles vont continuer de se contracter pour protéger la zone lésée, ce qui ralentit encore davantage l'approvisionnement en sang et la lésion s'aggrave davantage. [6, 8, 12]

Implication des différents tissus

Que ce soit dans le sport ou en entreprise, les gestes répétés peuvent être le point de départ des troubles musculo squelettiques (TMS) et peuvent induire différents symptômes en fonction des tissus impliqués :

Une atteinte musculaire : il en résulte des troubles impliquant le fonctionnement de la fibre musculaire. On retrouve le plus souvent ce type de blessure dans des sports tels que le sprint, le football ou encore dans le domaine de l’entreprise chez des ouvriers nécessitant de la force tels que des maçons, des plaquistes ou encore des poseurs.

Une atteinte des tendons (tendinopathies ou rupture tendineuse): l’exposition à des contraintes répétées sur les tendons peut entraîner des déformations viscoélastiques, des micro ruptures, un épaississement des fibres de collagène ou encore des micro calcifications. Ces symptômes sont souvent associés:

Une atteinte nerveuse : la compression du nerf est le principal “stress” auquel le nerf est soumis. Cette compression modifie la micro-circulation du sang comme par exemple dans le syndrome du canal carpien que nous retrouvons régulièrement chez les employés de bureau, jardinier ou encore caissier.

Une atteinte osseuse : des fractures de fatigue sont régulièrement observées dans des sports impliquant la course. En effet lorsque l’os est soumis à une stimulation répétée il peut se fragiliser.. Mais les sportifs ne sont pas les seuls exposés à ce type de blessure. Les employés du bâtiment portant des charges lourdes peuvent aussi être exposés.

Une atteinte cartilagineuse : avec l’apparition d’arthrose régulièrement observée chez presque tous les sportifs de haut niveau mais aussi chez certains charpentiers ou encore des carreleurs.

Dans le sport : aux mouvements de sauts répétés, dans des activités telles que le handball, le saut en hauteur.

En entreprise: dans des métiers tels que des agents de nettoyage, des coiffeurs ou encore des peintres.

Mais les atteintes ne sont pas forcément uniquement tissulaires, même le mécanisme de perception de la douleur dans le cerveau peut être altéré et continuer à faire ressentir des douleurs qui ne sont plus corrélées avec les lésions corporelles.

Même si certains sports ou certains métiers sont soumis à une typologie de blessure bien spécifique, chaque individu peut être exposé à un moment donné à différents types de symptômes. [5, 14]

Une étude portée sur le geste du tir des joueurs de handball a montré qu’ils présentaient des adaptations spécifiques au niveau de leur épaule pour limiter l’apparition de douleurs. [9, 10]

Bien qu’il soit encore difficile de trouver d’autres études à ce propos dans le monde de l’entreprise, nous pouvons supposer que le corps s’adapte très bien aux gestes répétitifs et ne provoquent pas forcément de douleur.

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Les solutions à mettre en place ?

Quantifier quotidiennement le stress mécanique appliqué sur son corps est la meilleure manière d’éviter des blessures!

Pour cela :

Augmentez lentement votre niveau d'activité, plutôt que de le faire de manière agressive. Ceci va permettre au corps de s'adapter et de se renforcer grâce à un processus naturel appelé remodelage.

 

Faites des pauses régulières lorsque des mouvements répétitifs doivent être effectués pendant de longues périodes. Cela signifie prendre des pauses courtes mais fréquentes en plus d'une pause plus longue (par exemple, une pause déjeuner). De brefs moments de repos empêchent la raideur et la tension en permettant à vos muscles et tendons de se détendre.


Effectuez régulièrement des exercices d'étirement et de renforcement. Les exercices d'étirement permettent de réduire les tensions musculaires et d’améliorer la mobilité et la souplesse. [1, 2, 3, 4, 5]

Tel un handballeur professionnel qui aurait son programme de prévention avec du renforcement spécifique de son geste de tir, la prévention au travail est toujours le meilleur traitement.

 

En résumé

Les gestes répétés ne provoquent pas nécessairement de douleur
Le corps s’adapte dans la mesure où le stress appliqué n’est pas plus grand que sa capacité d’adaptation.
L’erreur ne se situe pas directement et de façon unilatérale dans la répétition du geste mais dans l’augmentation trop soudaine de la charge et le manque de préparation au geste répété.

Sources

  1. https://www.cchst.ca/oshanswers/ergonomics/risk.html
  2. https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/synthese-stat-synthese-eval/article/contraintes-physiques-et-intensite-du-travail
  3. https://www.acst-strasbourg.com/fiche/travail-repetitif/
  4. https://www.fntp.fr/sites/default/files/content/bulletin-information/n74_social_n33.pdf
  5. https://www.foothealthfacts.org/article/too-much-of-a-good-thing-can-cause-overuse-injurie
  6. https://www.practicalpainmanagement.com/pain/acute/sports-overuse/chronic-overuse-sports-injuries
  7. https://uihc.org/health-topics/overuse-injuries
  8. https://physioworks.com.au/injuries-conditions-1/rsi-repetitive-strain-injury
  9. Almeida, G. P. L., Silveira, P. F., Rosseto, N. P., Barbosa, G., Ejnisman, B., & Cohen, M. (2013). Glenohumeral range of motion in handball players with and without throwing-related shoulder pain. Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 22(5), 602-607. https://doi.org/10.1016/j.jse.2012.08.027
  10. Andersson, S. H., Bahr, R., Clarsen, B., & Myklebust, G. (2017). Preventing overuse shoulder injuries among throwing athletes: a cluster-randomised controlled trial in 660 elite handball players. British Journal of Sports Medicine, 51(14), 1073-1080. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-096226
  11. Mihata, T., Morikura, R., Hasegawa, A., Fukunishi, K., Kawakami, T., Fujisawa, Y., … Neo, M. (2019). La déchirure de la coiffe des rotateurs d’épaisseur partielle ne provoque pas de douleur aux épaules ou de faiblesse musculaire chez les joueurs de baseball. The American Journal of Sports Medicine, 47(14), 3476-3482. https://doi.org/10.1177/0363546519878141
  12. https://www.healthpages.org/health-a-z/guide-cumulative-trauma-disorders/
  13. https://az675379.vo.msecnd.net/media/2330347/06-quantificationdustress-v2.pdf
  14. Houvet, P., & Obert, L. (2013). Upper limb cumulative trauma disorders for the orthopaedic surgeon. /data/revues/18770568/v99i1sS/S1877056812003143/. Consulté à l’adresse https://www.em-consulte.com/en/article/788444

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