La douleur, est-ce que c'est dans ma tête?

La douleur ne signifie pas nécessairement qu’une lésion existe. Il est possible de ressentir de forte douleur sans qu’il n’y ait de lésions visibles. Et d’autres personnes, au contraire, peuvent avoir de graves lésions et ne ressentir aucune douleur. Tout ceci est propre à chacun et influencé par de nombreux facteurs : les expériences passées, les croyances, la culture, le milieu social et professionnel, l’humeur actuelle, l’état de stress, de sommeil...Ainsi tous ces facteurs peuvent agir seuls ou de concert pour induire un phénomène douloureux. La douleur n’est pas dans votre tête même si votre cerveau joue un grand rôle dans son déclenchement ! [1]

La douleur n'est pas dans votre tête !

Le système d’alarme

La douleur n’est pas un simple symptôme, elle est avant tout un système d’alarme très important pour notre survie. Pour faire simple, nous pouvons très facilement la comparer à un détecteur de fumée. Lorsqu’une simple fumée de cigarette se dégage le détecteur ne se déclenche pas, mais si la fumée s’épaissit de manière importante et que le feu se déclare l’alarme se met en route. Et tel un appel passé aux pompiers pour éteindre le feu, nos capteurs situés au niveau de la zone douloureuse (appelés nocicepteurs) vont s’activer et envoyer l’information à notre cerveau via des câbles (les nerfs). Le cerveau va ensuite réguler cette information en fonction de différents éléments (contexte, émotion, expérience...) pour décider de sa réponse : déclencher le phénomène douloureux (l’alarme) ou non. La nociception est donc un mécanisme qui protège l’organisme contre les douleurs. [2]

La douleur n'est pas dans votre tête !

Le cerveau, une sacrée machine

Lorsqu’une première douleur est ressentie durant un mouvement, le cerveau enregistre le lien entre tel mouvement et douleur. Par exemple si vous vous êtes fait mal en vous penchant en avant, le cerveau peut associer ce mouvement de flexion à de la douleur. Il va donc installer une réaction de peur et d’évitement de ce mouvement pour ne pas avoir mal à nouveau. D’autant plus que nous savons que la peur de la douleur à tendance à augmenter la douleur ressentie. Il arrive parfois que cette douleur perdure dans le temps alors que celle-ci n’a plus d’utilité de “protection”. Il n’y a plus de feu mais l’alarme continue de sonner et donc ça continue à faire mal. La personne initie le mouvement et le cerveau déclenche la douleur trop facilement. [5]

Mais rien de tout cela n’est dans votre tête ! Tout comme un athlète va être capable d'apprendre de nouveaux gestes techniques qui pouvaient lui paraître irréalisables, nous pouvons faire prendre conscience à notre cerveau que certaines limites qu'il impose au corps par la douleur, n'ont pas lieu d'être !

Le système d’alarme pas toujours infaillible

Lorsque la douleur devient chronique, l’activation du capteur peut se faire à un seuil plus faible : une simple fumée de cigarette, va déclencher l’alarme. Et donc l’élément qui ne devrait pas être douloureux peut le devenir. Il faudra donc cette fois re-règler l’alarme, plutôt que de faire intervenir les pompiers.

En résumé:

- La douleur n’est pas un symptôme mais un système d’alarme. 
- Ce n’est pas parce que je ressens une douleur intense que j’ai forcément quelque chose de grave.
- Et inversement un traumatisme important peut être rendu moins douloureux par le cerveau grâce à certains comportements mis en place.
- Comprendre sa douleur permet la mise en place des bons comportements.

- Et surtout….. la douleur n’est pas dans votre tête!


Sources

[1] Sullivan, M. D., Cahana, A., Derbyshire, S., & Loeser, J. D. (2013). What does it mean to call chronic pain a brain disease? The Journal of Pain: Official Journal of the American Pain Society, 14(4), 317‑322. https://www.jpain.org/article/S1526-5900(12)00560-3/fulltext

[2] https://www.cell.com/neuron/fulltext/S0896-6273(15)00518-8?_returnURL=https%3A%2F%2Flinkinghub.elsevier.com%2Fretrieve%2Fpii%2FS0896627315005188%3Fshowall%3Dtrue#

[3] Scholz, J., Finnerup, N. B., Attal, N., Aziz, Q., Baron, R., Bennett, M. I., Benoliel, R., Cohen, M., Cruccu, G., Davis, K. D., Evers, S., First, M., Giamberardino, M. A., Hansson, P., Kaasa, S., Korwisi, B., Kosek, E., Lavand’homme, P., Nicholas, M., … Group (NeuPSIG), C. C. of the N. P. S. I. (2019). The IASP classification of chronic pain for ICD-11: chronic neuropathic pain. PAIN, 160(1), 53–59.

https://journals.lww.com/pain/Abstract/2019/01000/The_IASP_classification_of_chronic_pain_for.7.aspx

[4]Treede, R.-D., Rief, W., Barke, A., Aziz, Q., Bennett, M. I., Benoliel, R., Cohen, M., Evers, S., Finnerup, N. B., First, M. B., Giamberardino, M. A., Kaasa, S., Korwisi, B., Kosek, E., Lavand’homme, P., Nicholas, M., Perrot, S., Scholz, J., Schug, S., … Wang, S.-J. (2019). Chronic pain as a symptom or a disease: the IASP Classification of Chronic Pain for the International Classification of Diseases (ICD-11). PAIN, 160(1), 19–27. https://journals.lww.com/pain/Abstract/2019/01000/Chronic_pain_as_a_symptom_or_a_disease__the_IASP.3.aspx

[5]http://www.greglehman.ca/blog/2013/06/10/your-cranky-nerves-a-primer-for-patients-to-understand-pain

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