Les douleurs n’ont pas que des causes biologiques ou physiques !

Comprendre facilement le modèle bio psycho-social

Ce terme complexe permet de définir un nouveau modèle expliquant les mécanismes de survenue de la douleur et des troubles musculo squelettiques.

Ce modèle reconnaît la contribution de plusieurs facteurs interagissant les uns avec les autres pour générer une expérience douloureuse: bio pour biologiques, psycho pour psychologiques et social.

Comment ce modèle est-il né?

Durant de nombreuses années, le modèle de référence était le modèle anatomo-pathologique qui faisait un lien direct entre la pathologie et l’endroit où elle était ressentie. Par exemple, j’ai mal au dos, je fais une IRM pour trouver une hernie discale ou tout autre cause physique pouvant expliquer la survenue de ce mal de dos. Et si rien n’apparaissait à l’imagerie, alors la douleur ressentie par la personne restait inexpliquée et souvent sous-estimée. Ce modèle se voulait très réducteur. 

En effet, alors que plusieurs personnes présentaient la même anomalie à l'imagerie, ceux-ci ne ressentaient pas la même intensité de douleur, ce qui laissait suggérer que d’autres facteurs contribuaient à la douleur.

C’est donc à partir de là qu’est apparu le modèle bio psycho social permettant de définir tous les différents facteurs impliqués dans la douleur.

Ce modèle a été décrit pour la première fois par Engel en 1977. Il se base sur 7 principes expliquant parfaitement les interactions entre le biologique, (l’influence de notre corps), le psychologique, (l’influence de notre cerveau) et le social (l’influence de notre environnement) dans la survenue de la douleur. Cette nouvelle approche a permis de renouveler les conceptions de la relation entre le thérapeute et son patient en s’intéressant non seulement aux causes biologiques de la douleur mais aussi à l’environnement dans lequel vit et évolue le patient, à ses traits de personnalité, à son humeur ou encore à ses capacités d’adaptation. [2- 3]

Les composantes du modèle en détail

Bio pour biologique

Si nous prenons l’exemple de l'arthrose, il existe de nombreux facteurs biologiques expliquant la survenue d’une arthrose. Nous pouvons donc citer: l’âge, le sexe (risque plus important d’arthrose chez les femmes), la présence d’une inflammation ou encore les changements biomécaniques et physiologiques qui surviennent dans l’articulation atteinte. 

Le saviez-vous ? Les douleurs d’arthrose ne proviennent pas du cartilage endommagé car il n’est pas innervé mais de nombreuses raisons différentes comme celles précitées peuvent les expliquer

Les récepteurs de la douleur envoient l’information au cerveau qui va décider de déclencher de la douleur ou non.

Prenons l’exemple de ce surfeur, Eric Dargent qui s’est fait arracher une jambe par un requin mais qui a quand même réussi à rejoindre le rivage en nageant et n’a commencé à ressentir une douleur qu’à ce moment-là.

Que s’est-il passé?

Psycho pour psychologique

Nous ne parlons pas ici de pathologie psychologique ou psychiatrique mais juste du fonctionnement normal du cerveau. En effet, de nombreuses études montrent que lorsque nous sommes particulièrement stressés ou angoissés, la sensation douloureuse sera perçue de manière plus importante.

C’est comme si la sensibilité de l’alarme avait été augmentée, celle-ci sonne donc plus facilement et plus fort même si rien n’est différent au niveau du corps. Et à l'inverse, lorsque nous sommes en situation de danger, la douleur peut totalement disparaître. C’est ce qui s’est certainement passé avec ce surfeur, son cerveau est passé en mode “survie” et a donc préféré shunter l’information douloureuse pour lui permettre de rejoindre la plage.

L’autre intérêt de cette partie psychologique, c’est l’impact qu’ont certaines croyances sur nos douleurs. Par exemple, si nous pensons que notre dos est particulièrement fragile et que cette fragilité aura de graves conséquences sur notre corps, notre système d’alarme de la douleur sera plus sensible et donc les douleurs ressenties plus importantes et plus fréquentes.

Un autre facteur psychologique lié à la douleur a largement été étudié: le catastrophisme. C’est le fait d’imaginer sa situation se dégrader de plus en plus et d’avoir des croyances très pessimistes sur sa douleur. Ce processus cognitif émotionnel est associé à la rumination et à l’impuissance ressentie par la personne face à une expérience douloureuse. [1,4] Ces personnes sont plus à risque de ressentir de la douleur et ce sentiment peut être un véritable obstacle à la gestion de cette douleur.

Le saviez-vous? En cas d’arthrose, le catastrophisme avant une opération est un prédicteur de la douleur ressentie après l’opération. [1,6]

Le catastrophisme est en lien avec de nombreux autres processus psychosociaux favorisant la douleur comme la dépression, l'anxiété ou encore la détresse.

             Pourra s’ajouter à cela ce qu’on appelle la kinésiophobie qui est un mécanisme engendrant la peur du mouvement. Par exemple, vous vous bloquez le dos en voulant vous relever très vite, il est très probable que la prochaine fois vous aurez quelques appréhensions avant de refaire ce même mouvement. Le cerveau, pensant nous protéger d’un danger, va nous inciter à éviter certains mouvements identifiés comme douloureux. Même si dans un premier temps cela peut s’avérer bénéfique pour éviter de se refaire mal, à plus long terme cela amène à de la peur et donc à un manque de mouvement et de la douleur. C’est un véritable cercle vicieux.

             Enfin, nous pouvons aussi citer les expériences traumatisantes vécues dans l’enfance qui influencent nos douleurs. Des études ont montré que les personnes ayant vécu au moins deux événements psychosociaux indésirables, comme par exemple: des violences physiques, des difficultés économiques, un divorce, la perte d’un être cher...courent un plus grand risque de développer une douleur. [5]

Tous ces facteurs sont en lien étroit les uns avec les autres et influencent fortement la perception de la douleur.

Et le social...

En effet, de la même manière que pour la partie psychologique, une pression sociale, professionnelle, familiale négative aura un impact sur le seuil de perception des douleurs. De la même façon que l’absence de relation sociale positive, le manque de soutien, l’isolement ou encore un statut socio-économique faible auront pour effet de nous rendre plus sensibles à la douleur.

À l’opposé, avoir un contexte social positif, c’est-à-dire être soutenu par ses proches, ses collègues ou sa hiérarchie par exemple, aura un impact positif sur la perception des douleurs. Le soutien social est l’un des déterminants de la santé les plus explorés avec des preuves appuyant le rôle bénéfique des relations sociales sur les émotions positives, la diminution de la dépression et de la perception de la douleur.

Il est donc important de noter que les relations sociales ne sont pas toujours favorables et qu’elles peuvent de ce fait avoir des effets néfastes comme des effets positifs sur la perception de la douleur. [1]

Retenons que....

  • - Avant le modèle bio psycho social, la prise en charge était basée sur un modèle anatomopathologique trop réducteur.
  • - Plusieurs facteurs interagissent les uns avec les autres pour générer une expérience douloureuse, on retient donc les facteurs biologiques,  psychologiques et sociaux.
  • - Le bio c’est le concret , ce qu’on voit à l’imagerie dans le cas d’une arthrose par exemple.
  • - Le psycho c’est l’impact négatif qu’ont le stress, l’anxiété, le catastrophisme ou encore le kinésiophobie sur la perception de la douleur
  • - Le social peut avoir un impact négatif ou positif sur la douleur
  • - Des études montrent que les facteurs psychologiques et sociaux sont plus impactant sur les douleurs chroniques que les facteurs biologiques

SOURCES

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6335024/

[2] https://science.sciencemag.org/content/196/4286/129

[3]https://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2008-7-page-52.htm#xd_co_f=NWQ3ODAyZDAtYzNkMi00ODllLThmNDItOTI3MGRjMGY1M2Y5~

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5012303/

[5] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2703588/

[6] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25542191/

 

https://www.jospt.org/doi/10.2519/jospt.2019.0613

 

https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0749-3797(16)30469-X

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